Le peu de renseignements que nous possédons sur Châteauneuf-de-Randon ne remontent pas au delà du XIIème siècle. Cette histoire, qui est moins celle d'une ville que d'une baronnie, débute en plein moyen âge.

L'histoire de Châteauneuf-de-Randon

L'histoire de Châteauneuf-de-Randon

L'histoire de Châteauneuf-de-RandonTrès anciennement un château avait, selon toutes les apparences, été bâti au faite de la montagne sur laquelle s'éleva plus tard le Châteauneuf; mais nous sommes dans une complète ignorance relativement aux époques auxquelles furent construites l'une et l'autre de ces forteresses. Nous n'en savons pas davantage sur les commencements de la ville de Randon. Elle dut à la forte assiette du château la haute importance qui la fit élever au rang des principales baronnies du pays. Il existe une charte de Raymond-Bérenger, comte de Barcelone de son propre chef, et d'une partie du Gévaudan par sa femme Douce, portant la date du mois d'avril 1126: ce monument confère en fief le ehâteau de Randon Castrum quod vocatur Rando aux frères Guarin et Odilon et à leurs descendants à perpétuité.

L'histoire de Châteauneuf-de-RandonAu milieu du même siècle, Guillaume -de-Randon, probablement leur successeur, est , avec d'autres seigneurs du pays, témoin de la cession que Pagane fait de tous ses biens à son frère Bernard-Atton , comte de Nîmes (1152). Sous l'épiscopat de Guillaume de Peire de 1187 à 1223, les seigneurs de Randon fondent ou dotent richement le monastère de Mercoire, dans une forêt des montagnes du Gévaudan, près des sources de l'Allier. Cette abbaye, la seule du diocèse (le Mende, reçut des filles de l'ordre de Citeaux. L'évêque Guillaume de Peiire eut de violents débats avec Randon de Châteauneuf, auquel il reprochait de se porter à des actes de violence envers les paysans, ses vassaux. Les autres seigneurs de la contrée ne se montraient guère plus humains : le prélat voulut faire un exemple; il envahit les domaines de Randon de Châteauneuf, lui prit dix-huit de ses châteaux et le contraignit à demander la paix.

La ville de Châteauneuf-de-Randon avait pour maître, vers 1226, Odilon Guarin, d'après un monument du temps, tenait sa baronnie en fief de l'église de Mende ou de l'abbaye de Saint-Gilles : instruit des projets d'invasion du roi de France Louis VIII, le baron de Randon lui écrivit pour protester de sa disposition à le reconnaître comme son suzerain, et à recevoir les troupes royales dans ses places fortes, si elles prenaient la route du Gévaudan. De 1233 à 1243 les seigneurs de Châteauneuf-de-Randon et de Tournel guerroient contre Pons V, vicomte de Polignac, au sujet de la baronnie de Ceissac, dont ils lui disputent la moitié comme héritiers de Guillemette de Polignac leur aïeuile : Bernard de Montaigu, évêque du Puy, rétablit la paix entre les partis opposés. C'est la première fois qu'il est question d'une alliance des Randon avec la maison de Polignac, dans laquelle ils devaient bientôt se fondre entièrement. Guillaume, seigneur de Randon. épousa. avant la fin de ce siècle, Walburge, fille ainée de Hugues, comte de Rhodez , et d'Ysabeau de Roquefeuil. Sa fille unique fut mariée à Armand IV, vicomte de Polignac, lequel mourut en 1289; et de cette union naquirent deux fils, Armand V, vicomte de Polignac, et Guillaume, tige de la nouvelle branche des seigneurs de Randon.

La prééminence politique des seigneurs de Randon était si bien reconnue qu'à l'occasion des démêlés de Philippe-le-Bel avec le pape Boniface VIII, l'acte d'appel de la sénéchaussée de Beaucaire fut dressé au nom de Guillaume de Randon (1303). Il parait que ce seigneur avait acquis la baronnie de Portes, puisque, en 1321, il la vendit à Raymond-Guillaume de Budes. Châteauneuf fut une des places fortes du Gévaudan dont les compagnies s'emparèrent, vers 1361 : il tomba au pouvoir d'un de leurs chefs, S éguin de Badefol, chevalier gascon , qui courait le pays, à la tête de trois mille pillards. En l'absence du connétable de Fiennes, lieutenant du roi, en Languedoc, Garin, seigneur d'Apchier, son capitaine général dans le Gévaudan et le Velay, fit lever un subside sur les habitants de ces deux contrées , tant pour entretenir un corps de troupes que pour racheter les forteresses de Châteauneuf et de Baude des mains du chef des routiers.

L'histoire de Châteauneuf-de-RandonEn 1362, le maréchal d'Audeneham, capitaine général du Languedoc, cédant aux instances des Etats, alla en personne mettre le siège devant Salgues, un des principaux repaires de ces compagnies. Il fut vaillamment secondé dans cette entreprise par Armand VI, vicomte de Polignac. Ce seigneur avait d'abord porté le nom de Randonnet ; il était fils de Guillaume de Randon, mort à Paris, à son retour des guerres de Flandre; Armand V l'ayant institué son héritier, il réunit dans ses mains la baronnie de Randon et la vicomté de Polignac. Armand VI avait disputé, les armes à la main, la succession des domaines de la maison de Polignac à Arnaud, seigneur de la Roüe; et de part et d'autre on s'était porté à de grands excès (1357). Le maréchal d'Audeneham, pour reconnaître ses services au siège de Salgues, lui accorda des lettres de rémission, le 23 mars 1362; on y lit qu'Armand s'était fait suivre dans cette campagne par cinq cents hommes d'armes, tant à pied qu'à cheval. L'historien de la maison de Polignac affirme même que le contingent du seigneur de Randon ne s'éleva pas à moins de cent vingt hommes d'armes et de mille fantassins, ses vassaux, tous soldés à ses dépens.

L'histoire de Châteauneuf-de-RandonNous sommes arrivés à une époque fameuse non-seulement dans les annales du Gévaudan mais dans l'histoire de la France. La vie d'un illustre capitaine qui avait rempli le monde de son nom, vint s'éteindre, comme un météore, au pied des murs de Châteauneuf-de-Randon, à la fin du XIVème siècle. Ce sol reçut alors la consécration religieuse que donnent, à quelques parties privilégiées de la terre, la naissance ou la mort des grands hommes. En 1380, plusieurs compagnies, moitié anglaises, moitié gasconnes, favorisées par les incursions des troupes du roi d'Angleterre, Edouard III, s'étaient cantonnées dans les châteaux des frontières du Languedoc , de l'Auvergne et du Limousin. Entre autres places fortes , elles occupaient Châteauneuf-de-Randon. Les communes du Languedoc députèrent au roi de France, Charles V, pour le prier d'envoyer à leur aide un capitaine experimenté offrant d'ailleurs, de subvenir aux frais de la guerre au moyen d'une taxe de trois francs d'or par feu, et de douze deniers par livre de marchandise, outre la levée d'une double gabelle.

Le roi ordonna à Bertrand Du Guesclin d'aller prendre le commandement de la province. Le connétable ouvrit la campagne en Auvergne, dans les premiers jours du mois de juillet 1380, per la prise du château de Challier, à laquelle le duc de Berry assista. Pénétrant ensuite dans le Languedoc, par les défilés du Gévaudan, il mit le siège devant Chateauneuf-de-Randon. Du Guesclin était entouré d'un brillant cortège de chevaliers. On distinguait parmi eux le maréchal Louis de Sancerre. Alain de Beaumont, messire Olivier de Mauny, et plusieurs autres capitaines de renom mais le frère d'armes de Du Guesclin, Olivier de Clisson, ne l'avait point suivi dans le Languedoc, comme l'affirme à tort l'historien Villaret, sur la foi d'une ancienne chronique. Quelques seigneurs de l'Auvergne et du Velay envoyèrent leurs vassaux pour grossir les troupes du connétable. Ce grand preneur de châteaux pouvait donc croire qu'il ne serait point arrêté longtemps devant la forterresse de Châteauneuf-de-Randon.

L'histoire de Châteauneuf-de-RandonMais il touchait au terme de sa glorieuse carrière, et il sembla que toute cette armée n'avait été réunie que pour assister à sa fin et honorer ses derniers moments. Du Guesclin allait, en effet, mourir au milieu de ces gens d'armes dont il était le père, et qu'il avait si souvent conduits à la victoire, et plus souvent encore nourris ou soldés à ses frais avec une patriotique générosité, et comme s'il n'eût acquis son immense fortune personnelle que pour la dépenser au service de l'Etat. Cependant il pressait le siège de Châteauneuf-de-Randon. Le gouverneur de la place, dont la garnison était nombreuse et bien pourvue de vivres et d'artillerie, avait refusé de se rendre. On cria à l'assaut dans le camp des Français, et les gens d'armes se précipitèrent vers le château, qui fut moult fort assailli; mais le capitaine anglais, à la tête des siens, attendit les assiégeants de pied ferme et les repoussa plusieurs fois. Du Guesclin s'irrita de cette résistance. Il jura que «jamais il ne partirait d'illec, qu'il n'eût le chastel à son plaisir: et le maréchal de Sancerre signifia en son nom au gouverneur anglais que lui et ses gens seraient passés au fil de l'épée, si la place était prise d'assaut. L'Anglais demanda une trêve de vingt-quatre heures, et se rendit au camp des assiégeants. Il s'engagea à remettre au connétable les clefs de Châteauneuf-de-Randon, à un jour déterminé, si, dans l'intervalle, il ne lui survenait point de secours. Pour gage de sa promesse, il donna des otages.

L'histoire de Châteauneuf-de-RandonCe fut après avoir imposé cette capitulation aux assiégés que Du Guesclin tomba malade, au dire d'un ancien chroniqueur. Depuis quelque temps il ressentait, sans doute, les atteintes et les défaillances secrètes de la maladie à laquelle il devait bientôt succomber; et soit qu'il entrevit sa fin prochaine , soit qu'il voulût mettre ordre à ses affaires, il fit son testament, le 9 juillet, et y ajouta le jour suivant un codicille. Nous avons sous les yeux cette pièce. "Au nom de la benoiste Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, y est-il dit, nous, Bertrand Du Guesclin, comte de Longueville, sain de notre pensée combien que, par grâce de Dieu, nous soïons infirme de corps, sçavant qu'il n'est rien plus certain que la mort, ne rien plus incertain que loure d'icelle, ne voulant pas rester intestat, faisons et ordonnons notre testament en la forme et manière que suit, etc." Ses dispositions testamentaires sont, du reste, en petit nombre. Elles ont trait aux legs qu'il fait aux églises pour le repos de son âme; au lieu de sa sépulture qu'il élit "en l'église des Jacobins de Dinan, en la chapelle de ses prédécesseurs;" au règlement de ses dettes et à quelques legs dont le principal assure à Bertrand Du Guesclin , fils de son cousin Olivier, une pension de cent livres. Cette dernière disposition est confirmée et amplifiée par le codicille. Le connétable désigne messire Olivier de Mauny , messire Hervé de Mauny et Jean Le Bouteiller pour ses exécuteurs testamentaires. Les dernières lignes du testament nous apprennent que Du Guesclin n'était pas campé, sous une tente, au milieu des siens, comme on pourrait le croire d'après les récits erronés de quelques historiens : « Ce fust fait, y lit-on, en la maison de notre habitation, au siège devant Chasteauneuf-de-Randon, en la sénéchaussée de Beaucaire, l'an et le jour dessus dicts. «

La maladie fit de si rapides progrès que, quatre jours après, le connétable se trouvait à l'article de la mort. L'affliction était profonde dans l'armée française : chevaliers et soldats fondaient en larmes. « O honneur et chevalerie, s'écriaient les uns, tant perdras quand cestuy deftinira !" —"Hélas ! disaient les autres, or perdons-nous nostre bon père et capitaine, nostre bon pasteur, qui tant doulcement nous nourrissoit et seurement nous conduisoit, et, se bien et honneur avons, c'est par luy !" On n'entendait de tous côtés que plaintes et gémissements. L'agitation était si grande dans le camp des Français, que les assiégés la remarquèrent, du haut des murs du châleau, sans pouvoir pourtant s'en rendre compte. Appelés auprès du lit du connétable, le maréchal de Sancerre, qu'il tient pour "moult bon chevalier," messire de Mauny et "la chevalerie du siège" recueillent ses derniers adieux. "Seigneurs, leur dit-il, de vostre compaignie me fauldra brierfvement partir pour la mort, qui est à tous commun. Par voz vaillances et non par moy, m'a tenu fortune et grant onneur en toute France, en mon vivant, et, à vous, en est tout l'onneur, qui mon âme à vous recommande. Certes, Seigneurs, bien avoie intencion de briefvement par voz vaillances achever les guerres de France, et au roy Charles rendre tout son royaume en obéissance ; mais compaignie à vous ne puis tenir doresnavant. Et non pourtant je requiers Dieu, mon Créateur, que couraige vous doint toujours envers le roy, que par vous, sire mareschal, et par voz vaillances et de toute la chevalerie, qui tant vaillamment et loyaulment se sont toujours portés envers luy, ses guerres soient affinées".

L'histoire de Châteauneuf-de-RandonEnsuite, il recommanda à ses braves compagnons d'armes, son âme, sa femme, et toute sa "parenté". Puis, se faisant apporter son épée de connétable, il se tourna vers le maréchal de Sancerre et lui adressa encore ces paroles : "Au roy Charles de France, mon souverain seigneur, me recommanderés et ceste espée, soubz qui est le gouvernement de France, de par moy luy rendrés; car en main de plus loyal ne puis la mectre en garde ". Il eut à peine la force d'achever, éleva la main pour faire le signe de la croix et rendit paisiblement son âme à Dieu (13 juillet 1380).

Le connétable avait témoigné au maréchal de Sancerre le désir que la reddition de Châteauneuf-de-Randon se fit avant sa mort. Le maréchal somma le gouverneur anglais de remplir ses engagements, ayant soin, toutefois , de lui cacher la maladie de Du Guesclin. L'Anglais, suivant une version assez accréditée, demanda à voir le connétable, comme s'il eût conçu quelque soupçon ; mais on lui répondit qu'il se refusait à toute communication avec la garnison du château. Pressé par le maréchal, le capitaine anglais consentit enfin à se rendre. Quand il fut introduit auprès de Du Guesclin, pour lui présenter les clefs de Châteauneuf-de-Randon, il s'étonna de le trouver mourant. D'après une autre version, que son invraisemblance même a fait adopter par la plupart des historiens, le gouverneur anglais, bien qu'instruit de la mort du héros français, n'en vint pas moins déposer chevaleresquement les clefs de la place sur son cerceuil.

L'histoire de Châteauneuf-de-RandonL'historien Villaret ajoute que toute cette scène se passa dans la tente du connétable, où il fait défiler le commandant ennemi avec sa garnison. Pour nous, nous sommes enclin à ajouter foi au supplément de l'ancienne Chronique de Du Guesclin, qui présente les faits sous un jour bien différent et d'une manière plus vraisemblable. Le capitaine anglais, comme il convenait à un chef de routiers, ne se piqua point d'honneur. Instruit de la mort de Du Guesclin, il n'aurait eu aucun égard aux sommations du maréchal de Sancerre ; il aurait répondu en homme délié de ses promesses. Bref, le maréchal ne serait parvenu à faire tomber la herse du château devant la bannière du connétable, qu'en menaçant de se venger, par le supplice immédiat des otages, et sous les yeux des assiégés, de la mauvaise foi de leur chef.
Ce qui parait acquis à l'histoire, c'est que Du Guesclin vécut encore assez pour être témoin de ce dernier avantage de ses armes. Après sa mort, le maréchal de Sancerre conduisit l'armée royale au siège de Montferrand : il eut soin, avant de s'éloigner, de laisser une troupe de gens d'armes et d'arbalétriers, en garnison à Châteauneuf-de-Randon.

Le corps du connétable fut embaumé, et, sous la conduite d'Olivier de Mauny et d'Alain de Beaumont, transporté d'abord au Puy-en-Velay. Il y resta exposé pendant un jour dans l'église des Jacobins de cette ville, dont les habitants firent célébrer un service solennel, le 23 juillet suivant, en l'honneur de l'illustre mort. De là, le cortège funèbre se remit en marche pour traverser la France et recevoir, partout sur son passage, les marques les plus éclatantes du respect et des regrets des populations en deuil. Le clergé, les ordres monastiques, la bourgeoisie, allaient processionnellement au-devant de ces "glorieux restes"; puis, après les avoir entourés de quelque hommage religieux, dans l'église principale de la ville, ils les reconduisaient hors des murs à la lueur des torches.

L'histoire de Châteauneuf-de-RandonEn présence même de ces funérailles presque royales, les esprits répugnaient à se familiariser avec la pensée que Bertrand Du Guesclin avait cessé de vivre. Il y a un tel rayonnement d'immortalité dans ces grandes natures, qu'on a peine à croire qu'elles sont, comme les autres, assujetties à la mort. Le cortége funèbre, avant qu'il pût arriver en Bretagne, fut, on le sait, contraint de rétrograder, sur un ordre de Charles Y : le roi fit déposer la dépouille mortelle du connétable dans les caveaux de Saint-Denis, aux pieds du tombeau qu'il s'était fait élever et où il fut enseveli lui-même vers le milieu du mois de septembre de la même année.

L'église des Jacobins du Puy avait gardé les entrailles de Du Guesclin : celle des Dominicains de Dinan eut son coeur. Il nous serait difficile de préciser l'âge auquel mourut ce héros: les savants auteurs de l'Histoire du Languedoc disent qu'il avait soixante-six ans; c'est trancher la question de sa naissance, et la rapporter à l'année 1320. Quoique nous nous soyons aussi arrêté à cette date, dans notre notice sur la ville de Rennes, elle n'est point, nous en convenons, généralement admise. Parmi les biographes du Du Guesclin, ceux-ci le font naître en 1311, ceux-là, en 1314, et d'autres même en 1324; de sorte qu'entre les deux opinions extrêmes, il se trouve une différence de treize années en plus ou en moins.

A quelque âge que le vainqueur de Cocherel ait fini sa noble carrière, il laissa un vide immense autour de lui. L'armée française fut dissoute de fait par sa mort, comme le corps tombe en décomposition après que l'âme l'a quitté. Jamais capitaine n'avait plus aimé ni mieux servi la France, jamais plus grand génie ne s'était rencontré avec un plus grand coeur; son esprit profond avait plié les hasards de la guerre aux premières règles de la stratégie et créé cette école militaire d'où sont sortis nos plus fameux capitaines. Si les rois de France n'eussent pas oublié ses leçons, ils n'auraient point perdu les batailles d'Azincourt, de Pavie et de Saint-Quentin. Il y a moins loin qu'on ne le croit, abstraction faite des temps, de Du Guesclin à Turenne, autre caractère héroïque avec lequel il eut d'ailleurs tant de généreuses affinités. Mais, selon nous, la plus grande gloire du connétable est d'avoir eu le sentiment de l'unité nationale avant qu'elle fut bien comprise par les peuples, et d'avoir travaillé toute sa vie à la constituer, même au prix de ses plus chères affections comme Breton. Admirable sentiment auquel il s'éleva par la supériorité naturelle de son âme, et dont il faut lui savoir d'autant plus de gré, que, dans les siècles suivants, et jusque de nos jours , il s'est trouvé des écrivains, parmi ses compatriotes, qui lui ont fait un crime de s'être montré plus dévoué à la grandeur de la France qu'aux intérêts de la Bretagne.

L'histoire de Châteauneuf-de-RandonAprès un tel souvenir, les événements de Chateauneuf-de-Randon, qui nous restent à raconter. paraitront bien petits. En 1385, Armand VI, vicomte de Polignac, ne se voyant point d'héritier direct, laissa par testament tous ses domaines à Randon, son frère : à savoir les baronnies de Châteauneuf, de Randonat, de Solignac, de Ceissac, de Saint-Paulhan, de Saint-Agrève, de Servissas et de Molin-Neuf. Randon, vicomte de Polignac et baron de Châteauneuf, sous le nom d'Armand VII, servit avec distinction dans les armées et fut nommé par le dauphin, depuis Charles VII, son capitaine et lieutenant-général dans le Vélay, le Gévaudan, le Vivrais et le Valentinois (4 février 1418). Armand VII mourut en 1421, après avoir légué ses domaines à Armand de Montlaur, né du mariage de sa fille Marguerite avec Louis, seigneur de Montlaur en Vivarais; mais un héritier de la maison de Chalençon, s'appuyant sur une clause de substitution du testament d'Armand VI, dont il était le petit-fils, disputa à Armand de Montlaur la vicomté de Polignac, la baronnie de Châteauneuf-de-Randon et les autres seigneuries de leur dépendance. Cette contestation, qui occupa le parlement de Paris de 1421 à 1464, se termina à l'avantage de Guillaume-Armand de Chalençon, arrière-petit-fils de Guillaume de Chalençon et de Walpurge de Polignac, soeur d'Armand VI et d'Armand VII.

Dans la personne de Guillaume Armand, qui prit le nom et les armes des Polignac, commença la branche des Chalençon-Randon. Cependant, au milieu des débats qu'occasionnait la succession d'Armand VII, un aventurier, André de Ribes, s'était emparé de vive force de Châteauneuf-de-Randon (1426): il en avait donné la garde à un détachement du corps de brigands dont il s'était fait le chef et à l'aide duquel il pillait les sénéchaussées de Beaucaire et de Toulouse. André de Ribes prenait le titre de bâtard d'Armagnac, quoiqu'il n'y eût aucun droit, encouragé sans doute par la protection du comte d'Armagnac, qui favorisa ses criminelles entreprises. Louis XI n'oublia point la conduite de ce dernier seigneur, et l'affaire de Châteauneuf-de-Randon figura vingt ans après au nombre des accusations qu'il fit peser sur sa tête et pour lesquelles il lui accorda de lettres d'abolition (1445).

L'histoire de Châteauneuf-de-RandonGuillaume-Armand II, vicomte de Polignac et baron de Châteauneuf-de-Randon, prit part à la guerre du Bien public et se porta avec un corps de troupes au secours du bâtard de Bourbon, évêque du Puy, lorsqu'il tenta sans succès de se rendre maitre de cette ville. Sa révolte fut punie de la prison et de la saisie du château de Polignac; mais il fit sa paix avec le roi, en donnant son fils en mariage à la fille du vicomte de Dammartin, grand maître de France, et en consentant à l'union d'une de ses filles avec le sire de Lafayette (1465). L'ancienne baronnie de Châteauneuf-de-Randon avait conféré aux Polignac-Chalençon le droit de siéger dans les États du Languedoc; ce privilége leur fut conservé, quand, à la fin du XVème siècle, on diminua le nombre des députations baroniales du Gévaudan.

En 1533, François-Armand, vicomte de Polignac et baron de Randon, alla à Brioude, suivi de cent gentilshommes, ses vassaux, au-devant de François Ier. Le roi, escorté par lui, se rendit au château de Polignac, où il passa la nuit du 17 juillet. Pendant les troubles de la Religion et de la Ligue, les seigneurs de Polignac et de Randon se rangèrent du côté de l'Église et soutinrent ensuite le parti du roi. Cependant, Claude-Armand, issu du premier mariage de François-Armand, irrité contre son père, qui voulait le contraindre à embrasser l'état ecclésiastique, pour laisser ses domaines au jeune Louis, son frère, né d'un second lit, se joignit. pour se venger, aux calvinistes, et conduisit leurs troupes sur les domaines de sa famille.

Claude-Armand prit la ville de Genouillac, y sur les domaines de sa famille. Claude-Armand prit la ville de Genouillac, y massacra les moines du couvent des Jacobins fondé par ses ancêtres, rasa entièrement ce monastère, et pénétrant les armes à la main dans les baronnies de Randon et de Randonat, s'en saisit et s'y porta à toutes sortes de violences. François-Armand se hâta de réunir ses vassaux, se mit à la recherche de son fils, le rencontra et le battit; mais accablé de chagrin, il ne survécut pas longtemps à ce triste avantage (1562). Claude-Armand, après la mort de son père, prit possession de tous les châteaux et de toutes les terres des maisons de Randon et de Polignac, à l'exclusion de son frère Louis. Il mourut, en 1564, sans postérité, laissant sa succession à son beau-père, Claude-Juste, seigneur de Tournon; toutefois, cette donation fut infirmée par le parlement de Toulouse, dont Louis avait invoqué la justice, et qui se déclara en sa faveur (1671).

La considération des seigneurs de Polignac et de Randon ne parait pas avoir peu souffert de ces dissensions intestines; on put s'apercevoir de cette espèce de déchéance morale aux États particuliers du Gévaudan, tenus à Mende , en 1605. Le vicomte de Polignac. comme baron de Randon, y disputa la préséance au comte d'Apchier ; ce dernier, par la décision de ses pairs, l'emporta. Villefort, frère du comte de Polignac, homme d'un caractère violent, ne peut souffrir cet affront. Le lendemain, suivi de quelques gentilshommes, ses amis, et de ses domestiques les plus dévoués, il attaque d'Apchier en pleine messe, dans l'église cathédrale de Mende, et le laisse, sur la place, blessé mortellement ; mais trois des gentilshommes de son parti et deux de ses domestiques sont tués dans cette rixe. Villefort expia, peu de temps après, le meurtre de d'Apchier, à Toulouse, où, par sentence du parlement, il eut la tête tranchée sur la place Saint-Georges.

A ce tragique événement finissent nos notes sur la baronnie de Randon, qui, à partir du XIIème siècle, se perd dans l'histoire généalogique de la maison de Polignac. Quant à la ville, nous n'avons pu constater, malgré les recherches les plus minutieuses, si elle prit quelque part aux. guerres civiles du Gévaudan, sous le règne de Louis XIII. Il nous a été également impossible de trouver la date de la destruction du château ; probablement il fut rasé, comme tant d'autres fortL'histoire de Châteauneuf-de-Randoneresses, après la pacification de la province. De ce vieux château, dont le souvenir vivra éternellement dans notre histoire, il ne reste plus que des ruines.

Châteauneuf-de-Randon, un des chefs-lieux de l'arrondissement de Mende, compte aujourd'hui un peu plus de 600 habitants. Un simple monument, érigé en 1820, dans le hameau de la Bitarelle, est tout ce qui y rappelle la mort de Bertrand Du Guesclin. Neuf foires, fréquentées par les marchands du pays, et où il se fait un commerce assez considérable, donnent périodiquement à cette petite ville un aspect animé. Histoire des villes de France. Publié par Aristide Guilbert

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